Problématique du financement des petites et moyennes entreprises en Afrique

Les petites et les moyennes entreprises (PME/PMI) sont définies par la taille à partir du nombre d’employés, du bilan ou du chiffre d’affaires ne dépassant pas certaines limites. Les PME/PMI peuvent différer selon les pays

Il est reconnu que les PME/PMI jouent un rôle important en encourageant l’esprit d’entreprise et en développant des secteurs compétitifs et intensifs en main d’œuvre, contribuant ainsi à une croissance saine. Elles favorisent un développement équilibré et constituent un moyen efficace de lutte contre la pauvreté.

En plus des impacts sociaux et financiers positifs pour les économies locales, les PME/PMI s’approvisionnent généralement localement, ce qui permet de minimiser les transports et de préserver l’environnement.

L’intérêt porté au financement et au soutien des PME est évident. Elles peuvent produire en plus faibles quantités pour alimenter les petits marchés locaux. Le secteur des PME sert ainsi d’ « incubateur » ou de terrain d’expériences permettant d’ouvrir la voie à l’innovation et l’entreprenariat à plus grande échelle. Leurs gammes de produits reflètent souvent la technologie locale et sont souvent considérées comme mieux adaptées aux besoins des populations.

De façon générale, le secteur privé en Afrique est majoritairement composé de micro-entreprises informelles. La petite taille de la majorité des entreprises s’explique à la fois par l’émergence du secteur privé et par l’existence de freins juridiques et financiers à l’accumulation de capital. Parallèlement à ce foisonnement de petites structures, se sont développées de grandes entreprises. Les PME continuent de constituer un « chaînon faible ».

En dépit d’un taux de croissance dans l’UEMOA estimé à 6,8% en 2016 et avoisinant les 7% en 2017, les PME/PMI restent encore en marge de cette progression.

La faible qualité de l’information financière, les faiblesses dans la gestion ainsi que l’environnement juridique et judiciaire défavorable, constituent des handicaps lourds pour les PME/PMI. Il en est de même du taux de défaut élevé, de l’insuffisance ou la faiblesse des mécanismes de partage des risques ainsi que l’inadaptation des capacités des établissements de crédits.

I. PRINCIPALES DIFFICULTES RENCONTREES DANS LE FINANCEMENT DES PME/PMI

Les PME/PMI sont constamment confrontées à des besoins de trésorerie pour leurs dépenses de fonctionnement (salaires, loyers, etc.), d’investissement et dans l’exécution des marchés publics / privés. Elles ont des difficultés à se faire financer auprès des banques. Les motifs les plus récurrents sont :

– l’exercice dans l’informel : la majorité des entreprises africaines mènent leurs activités dans un cadre non légal. Elles ne tiennent effectivement pas une comptabilité minimum. En outre, la majorité d’entre elles ne sont même pas déclarées aux services de fiscalité et ne payent pas d’impôts ;

– le manque de professionnalisme : les promoteurs des PME africaines sont le plus souvent sans formation de base en gestion, sans un bon business plan ou stratégie ;

– l’absence de fonds propres suffisants : dans l’espace UEMOA, le secteur privé est constitué de 80% à 95% de PME/PMI exerçant surtout dans le secteur informel. Ce dernier est caractérisé par la faiblesse de capital dans l’exploitation de leur activité. En pratique, les ressources de ces PME/PMI en sont en majorité constituées d’épargne, de dons, d’héritage et autres tontines ;

– l’absence de garanties pour la couverture du risque : les unités de production, en majorité informelles, disposent de très peu de biens à proposer en garantie pour l’accès à un quelconque crédit bancaire. En Afrique, bon nombre d’actifs immobiliers sont des patrimoines familiaux rendant difficile leur utilisation en termes de sûreté.

II. SOLUTIONS MISES EN PLACE

Une approche combinant l’amélioration du climat des affaires, le renforcement des capacités des PME, le développement du secteur financier ainsi que le renforcement des liens entre entreprises permettrait d’améliorer de façon durable l’accès des PME au financement.

Améliorer l’environnement des Affaires

Le développement de l’information est un élément clé de la prise de décision de prêt. L’adoption de normes comptables, la création de cabinets comptables indépendants, compétents et crédibles et la multiplication des centrales de risques renforcent la diffusion de l’information sur la solvabilité des entreprises. Un système judiciaire crédible de nature à faciliter le règlement des litiges contractuels, l’instauration et la clarification des titres de propriété sont des conditions indispensables de développement des transactions commerciales.

La fiscalité mise en place par les pays peut inciter les petits entrepreneurs à entrer dans l’économie formelle ou au contraire, les confiner durablement dans l’informel. Les pouvoirs publics doivent à ce titre veiller à la promptitude de leurs paiements aux PME, dont la viabilité financière dépend de manière cruciale des marchés publics.

Aider les PME à satisfaire aux exigences de la finance formelle

Des instruments financiers peuvent atténuer le risque lié à l’opacité de certaines PME. Le franchisage (franchising) permet notamment le transfert d’une marque ou d’un savoir-faire qui atténue les risques. Le crédit-stockage permet de garantir les emprunts sur la production agricole stockée. D’autres instruments financiers, tels le crédit-bail et le factoring, pourraient aussi réduire efficacement le risque financier pour les institutions de crédits, mais ils restent encore peu développés en Afrique. Il en est de même de la mutualisation qui permet d’atténuer les risques. Elle facilite le processus de selection des établissements financiers en garantissant la validité technique des projets et parfois en apportant une caution financière. Elle reste cependant limité par le manque d’organisation des PME africaines.

Dans les pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine, les pistes suivantes pourraient être approfondies :

– les partenariats pour des services non financiers : les banques devraient, en plus du partage du risque, intégrer une approche d’accompagnement des structures, en confiant une mission d’assistance technique à des partenaires non financiers. En effet, les petits entrepreneurs ont besoin de coaching, d’un suivi rapproché pour assurer la pérennité de leur affaire et honorer valablement leurs engagements vis-à-vis de leurs créanciers (les banques). Ces services d’assistance engendrent des coûts. Les banques cherchent dans le cadre de certaines conventions, à avoir recours aux subventions accordées par les différents Etats ou les institutions telles que l’UEMOA ;

– la formation des acteurs en charge de la clientèle PME : les conseillers clientèles ou autres chargés d’affaires ont besoin de renforcement de capacité et de formation spécifique adaptée aux petites entreprises pour mieux assurer l’accompagnement. Cela passe bien évidemment par la connaissance de leurs différentes activités, de leur cycle d’exploitation, de leur marché potentiel, etc. ;

– l’assouplissement / l’identification des indicateurs de performances économiques et financières : l’orthodoxie financière impose un certain nombre de ratios et autres indicateurs financiers dans l’analyse des dossiers de crédit. L’absence de documents financiers fiables devrait permettre de considérer davantage les comptes de résultats prévisionnels retraités à partir des informations tirées lors des entretiens, des études sectorielles pour approcher un temps soit peu la réalité ;

– le pilotage technique du risque : l’un des éléments qui pourrait contribuer à une réduction de l’aversion au risque des professionnels de cette niche porteuse (PME/ PMI) pour les différentes économies est le pilotage technique du risque. En effet, les banques devraient mettre en place de véritables outils d’appréciation et de gestion du risque. A travers des outils (système de notation, de pricing, etc.), les managers pourront avoir une relative appréciation du coût du risque de ce secteur et les moyens de sa réduction ;

– la cession des créances publiques : dans les économies africaines, les plus gros marchés sont les marchés publics. Cependant, la grande difficulté est non seulement de pouvoir disposer de ressources pour pouvoir satisfaire un bon de commande mais le plus dur est de pouvoir être payé dans un délai raisonnable. Ainsi, il serait souhaitable que les professionnels, à travers leurs associations, signent des conventions par lesquelles des mécanismes pourront être mis en place.

Des stratégies opportunes sont de plus en plus mises en place avec notamment la création de départements dédiés aux PME au sein des établissements financiers ou encore le système de partage de risque à travers des conventions signées entre les banques et les institutions internationales pour une couverture du risque allant jusqu’à 50% des engagements en faveur des PME.

CONCLUSION

Malgré leur contribution essentielle au PIB et à l’emploi, les PME demeurent confrontées à d’innombrables difficultés qui limitent leur croissance et leur développement. L’accès au financement et son coût, ainsi que le manque d’un accompagnement adéquat font partie des principales contraintes.

En dépit des progrès majeurs qui ont récemment été accomplis par le secteur financier africain, il reste encore beaucoup à faire sur ce segment des PME/PMI.

La combinaison des actions de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), des établissements de crédit et le marché financier régional des Partenaires Techniques et Financiers devrait concourir à obtenir des taux d’intérêts de plus en plus attractifs pour les PMI. Il en est de même des fonds d’investissements dédiés aux financements des PME/PMI.

1- La charte des petites et moyennes entreprises du Sénégal définie les PME comme, toute personne physique ou morale, productrice de biens ou de services marchands avec les caractéristiques ci-après :

(i) Effectif compris entre un (01) et vingt (20) employés ;

(ii) Tenue d’une comptabilité allégée ou de trésorerie certifiée par une structure de Gestion Agréée (CGA) ;

(iii) Chiffre d’affaires hors taxes annuel n’atteignant pas les limites définies dans le cadre de l’impôt « synthétique » :

· 50 millions de FCFA pour les PE qui effectuent des opérations de livraisons de biens ;

· 25 millions de FCFA pour les PE qui effectuent des opérations de prestations de services ;

· 50 millions de FCFA pour les PE qui effectuent des opérations mixtes telles que définies par les textes relatifs audit impôt.

Les moyennes entreprises (ME) relèvent des seuils suivants :

(i) Effectif inférieur à deux cent cinquante (250) employés ;

(ii) Tenue d’une comptabilité selon le système normal en vigueur au Sénégal et certifiée ;

(iii) Chiffre d’affaires hors taxes annuel inférieur à 15 milliards de FCFA ;

(iv) Investissement net inférieur ou égal à 1 milliard de FCFA.

2- En Côte d’Ivoire :

(i) La micro-entreprise est définie comme une entreprise qui emploie en permanence moins de 10 personnes ou qui réalise un chiffre d’affaires annuel hors taxes inférieur ou égal à 30 millions de Francs CFA ;

(ii) Les petites entreprises, définies comme une entreprise qui emploie en permanence moins de 50 personnes ou qui réalise un chiffre d’affaires annuel hors taxes entre 30 millions de Francs CFA à 150 millions de Francs CFA.

(iii) Les moyennes entreprises, définies comme employant en permanence moins de 200 personnes, ou bien réalisant un chiffre d’affaires annuel hors taxes entre 150 millions de Francs CFA à 1 milliard de Francs CFA.

Dans le cas des PME, les salariés pris en compte doivent être engagés à temps plein, être bénéficiaires d’un contrat de travail et déclarés à la Caisse nationale de prévoyance sociale.

Bassary TOURÉ, Vice-Président de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD)

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